vendredi, décembre 15, 2017 04:24

Diplomatie : Faits et gestes du soutien de la France à la dictature de Faure Gnassingbé

Alternative     novembre 19th, 2017
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Charles De Gaulle, Georges Pompidou, Valery Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron, les présidents français passent, mais les Gnassingbé soutenus par la France continuent de régenter le Togo depuis plus de 50 ans. Si les Togolais en sont aujourd’hui avec ce pouvoir monstrueux, c’est grâce à la France. Gnassingbé Eyadema était déjà au pouvoir dix ans avant la naissance d’Emmanuel Macron. Au moment où ce dernier accède à l’Elysée comme le plus jeune chef d’Etat français, les Gnassingbé sont toujours là. Cette fois-ci, le fils à la place du père. Depuis le coup d’Etat de 1963 qui a couté la vie au père de l’indépendance Syvanus Olympio et dont la responsabilité de la France est sans ambiguïté aucune, même si elle a poussé le sergent-chef Gnassingbé Eyadema à en porter la responsabilité, le ciel s’est assombri sur ce bout de terre et la nuit est si longue que les Togolais se demandent si le jour se lèvera un jour.

Sylvanus Olympio, diplômé de la London School of Economy, l’une des rares figures dotées d’un bagage intellectuel loin des autres leaders indépendantistes en Afrique, avait une vision pour son pays et s’opposait systématiquement à la volonté de la métropole de lui dicter la conduite de son pays. Tout l’opposait à la France. La construction du Port à l’époque confiée aux Allemands est aujourd’hui dans les mains du mafieux Vincent Bolloré, l’hôtel le Benin aujourd’hui exploité par le groupe Ibis, le projet de la brasserie du Benin construit par les Allemands est aujourd’hui propriété du groupe français Castel, le projet d’une nouvelle monnaie pour remplacer le franc CFA… En portant un coup fatal à la vie de Sylvanus Olympio, la France a commis un acte irréparable au Togo et ce contentieux reste toujours d’actualité. Depuis que le ciel s’est assombri sur le Togo, la France continue de soutenir par tous les moyens le régime autocratique au Togo au prix des morts, des blessés, des exilés.

Le discours de la Baule et le vent de l’Est qui s’en est suivi n’ont pas emporté Gnassingbé Eyadema. Le processus démocratique amorcé au Togo dans les années 1990, s’est rapidement enlisé. La France, malgré le rejet massif du régime, est toujours restée aux cotés de la famille Gnassingbé. Paris s’est toujours évertué par tous les moyens officiels et officieux pour soutenir cette dictature sanguinaire qui fait de ce bout de territoire une curiosité sous les tropiques. En dépit de la vague d’alternance qui s’est réalisée dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, Lomé reste toujours une citadelle imprenable pour les partisans de la démocratie.

Des présidents français qui ont ouvertement soutenu la dynastie Gnassingbé, c’est Jacques Chirac qui a fait plus de zèle. Arrivé au pouvoir le 17 mai 1995, il s’est évertué sans aucun scrupule et contre toute réserve diplomatique à soutenir ouvertement le régime de Gnassingbé Eyadema. En juin 1998, candidat du RPT, ce dernier était battu dans les urnes par le leader de l’UFC Gilchrist Olympio. Eyadema largement battu, organise un hold-up électoral au vu et au su du monde. Une crise politique majeure s’installe et le président Jacques Chirac s’invite au Togo en 1999, et lors de ce séjour où il a traité les opposants de tous les noms, son ami Gnassingbé Eyadema s’est engagé devant lui par sa parole de militaire à quitter le pouvoir à la fin de son mandat en 2003. En 2002, il renonce à sa parole de militaire, pire, il fait modifier unilatéralement la Constitution de 1992 en sautant le verrou de la limitation du mandat sans que son ami personnel Jacques Chirac ne dise un seul mot. Il prolonge ainsi son bail à la tête du Togo avec toutes les dérives jusqu’ à son décès le 5 février 2005. A sa mort, le même Jacques Chirac, après avoir dit sur les médias avoir perdu un ami personnel, vole au secours de son fils qui, avec l’aide de l’armée, organise un coup d’Etat constitutionnel en évinçant le dauphin constitutionnel.

Une nouvelle crise s’installe et Jacques Chirac toujours lui, fait feu de tout bois pour adoucir les positions fermes de certains pays africains comme le Nigeria de Olusegun Obassanjo à qui il promet le soutien de son pays pour une place au Conseil de sécurité de l’ONU. Sous pression de la région, Faure Gnassingbé recule, mais n’abandonne pas. En avril 2005, le régime organise, comme à l’accoutumée, un nouveau holp-up électoral suivi du massacre de plus d’un millier de Togolais. Une tuerie de masse jamais enregistrée au Togo depuis l’indépendance. Une mission d’enquête des Nations Unies est dépêchée à Lomé pour faire une investigation sur les violences. Le rapport Doudou Dieng, du nom du chef de mission, établit un bilan de plus de 500 morts et pointe du doitgs dans les moindres détails le rôle de l’armée et des milices du régime. Ce rapport devrait déclencher des poursuites devant la CPI contre les auteurs. Mais là aussi, Jacques Chirac plaide à l’époque auprès de Koffi Annan, alors Secrétaire général de l’ONU, une approche qui permet de garantir une impunité totale aux bourreaux.

En lieu et place d’une poursuite devant la CPI, les Nations Unies décident d’ouvrir à Lomé un bureau du HCDH (Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme) avec à sa tête une certaine Olatokungbo Igu qui était déjà membre de la commission Doudou Dieng. Elle a désormais élu domicile au Togo et officie comme pasteur à la présidence de la République (sic). Voilà les fourvoiements auxquels se livrent certains diplomates du système onusien au Togo.

Après Jacques Chirac, ce fut le tour de Sarkozy d’entrer à l’Elysée. Sans soutenir ouvertement le régime de Lomé comme son prédécesseur, Nicolas Sarkozy a plaidé ardemment pour le retour de Vincent Bolloré au port autonome de Lomé. « Quand on aime la France, il faut penser à ses intérêts », a lancé Nicolas Sarkozy à Faure Gnassingbé, en marge du sommet UE- Afrique à Lisbonne en 2007. Ce dernier, avec une légitimité douteuse, obtempère rapidement en évinçant de manière rocambolesque le groupe Progosa de Jacques Dupupudauby du port autonome de Lomé. Le reste de ce scénario digne d’un film de la Camorra est raconté par la victime elle-même dans un ouvrage. Mais avant de mettre le groupe Progosa à la porte, le régime a négocié secrètement avec la France, notamment Claude Guéant, à l’époque Secrétaire général de l’Elysée, l’abandon des poursuites en France contre un certain Charles Debbasch, le sulfureux conseiller au palais de Lomé, mercenaire à col blanc poursuivi en France pour vol d’objets d’arts de la Fondation Vasarely. Le deal est acté, Vincent Bolloré, le requin des cotes africaines, retrouve les eaux profondes du port autonome de Lomé, Charles Debbasch peut désormais se rendre en France sans aucune crainte.

La démocratie, les droits de l’homme, les questions de liberté très chères à la France sont désormais passés dans les oubliettes au Togo. Malgré les fameuses déclarations de bonnes intentions, le rappel des principes élémentaires de la démocratie, les présidents français passent, mais le clan Gnassingbé réputé être à la tête d’un système, le pire en Afrique de l’ouest, continue son chemin comme si de rien n’était. François Hollande a joué au même jeu tout au long de son mandat, et nous voici à l’ère Emmanuel Macron qui voudrait bien nous faire croire qu’il procèdera autrement. Pendant que le regime de Faure Gnassingbé continue de tenir son pays d’une main de fer, utilise la force publique pour écraser ses adversaires, embastiller ses opposants, pendant que l’armée fait le siège de plusieurs villes au Nord comme Sokodé, Bafilo, Mango avec son lot de tueries, d’exactions qui contraignent les populations à prendre le chemin de la brousse pour certains et de l’exil pour d’autres, la France d’Emmanuel Macron décide de vendre à Faure Gnassingbé cinq ( 5) hélicoptères de type gazelle pour un montant faramineux d’environ 30 millions d’euros. Une surfacturation du simple au double, selon plusieurs experts du domaine, qui s’étonnent de la complaisance de Paris dans cette transaction alors que tout manque au Togo, notamment dans les hôpitaux, les écoles, etc.

Au Quai d’Orsay, on a beau user d’une ritournelle pour se dédouaner en déclarant que c’est une société privée qui a acquis ces gazelles pour les revendre au Togo. Mais il n’est pas idiot de rappeler qu’un tel matériel militaire doté d’une technologie sensible de guerre n’est pas une voiture d’occasion qu’on vend dans la rue sans l’aval du concepteur. Selon plusieurs sources, de ces cinq hélicoptères gazelle, trois seront utilisés directement par l’armée togolaise et deux seront réadaptés pour les usages du locataire du palais de la Marina. A quoi joue donc la France ?

Cette question a tout son sens lorsqu’on rappelle que la grande partie du matériel de répression que l’armée togolaise et les forces de l’ordre utilisent pour réprimer, tuer et réduire les populations au silence, est de fabrication française. Depuis les évènements du 19 août et la répression sauvage qui s’abat sur les populations civiles, la France d’Emmanuel Macron est restée silencieuse. Il a fallu que le Département d’Etat américain se prononce sur les dérives du régime de Faure Gnassingbé, notamment le recours aux milices pour que le Quai d’Orsay sorte du quelques heures après, dans une déclaration à la limite de l’hypocrisie.

La France n’a pas vocation à se mêler des affaires africaines, c’est la phrase magique qui permet à Paris de continuer à soutenir les régimes autocratiques dans l’espace francophone à l’instar de ceux du Togo et du Gabon qui sont une honte pour le continent en terme non seulement de longévité, mais aussi, d’élections truquées, de crimes massifs, de crimes économiques, etc. Comment peut –on continuer à jouer avec le destin d’un peuple en ménageant un autocrate juste parce que le régime de Faure Gnassingbé est le plus grand contributeur de la MINUSMA au Mali ? Les forces démocratiques au Togo ont-elles déjà dit à la France qu’elles vont retirer les troupes togolaises de la MINUSMA après le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir ?

Les affaires de l’Etat ne sont-elles au-dessus des individus ? Le crime de 1963 est l’acte fondateur du régime qui régente le Togo de père en fils depuis 50 ans. Au-delà des discours, des prises de position, des déclarations vaseuses, il est plus qu’important, à ce tournant décisif de la lutte, de rappeler que la France reste encore l’unique soutien du régime de Lomé 2. Les discours de non-ingérence ne relèvent que d’une hypocrisie diplomatique qui sert les intérêts du dictateur. La jeunesse en lutte pour un changement radical de la gouvernance en Afrique ne doit jamais perdre de vue que les potentats sous les tropiques, surtout dans l’espace francophone, notamment ceux de la trempe de Faure Gnassingbé n’existent qu’avec le soutien de la France… Quoi qu’il en soit, le peuple togolais très intélligent et toujours compatif saura se défaire sans grabuge de ses oppresseurs comme ce fut le cas dans les années 1960

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